Le jeûne : bienfaits ou méfaits ?

Beaucoup d’entre nous ont déjà connu une période de jeûne, volontaire ou non. Et l’histoire de l’Homme montre que le jeûne a toujours fait partie de sa vie.

  • Dans la pratique d’une religion

Dans l’Islam, le bouddhisme, l’hindouisme, le judaïsme, le christianisme, etc…, le jeûne est synonyme de purification, méditation, dévouement à un dieu…

  • Pendant une maladie

Le jeûne est nécessaire avant une anesthésie, ou parfois en postopératoire.

Mais notre corps peut naturellement nous mettre dans ce  mode « auto guérison », quand cela devient nécessaire : en cas d’indigestion, fièvre, gastroentérite,…

Notre célèbre Hippocrate prescrivait déjà le jeûne à certains de ses malades.

Même les animaux pratiquent le jeûne, pendant les mois d’hibernation,  lorsqu’ils sont malades, lors de la couvaison des œufs, ou en cas de famine.

  • Pour maigrir

La restriction calorique qu’il entraîne tente parfois les personnes qui pensent ainsi perdre du poids rapidement.

  • Pour protester

On a tous entendu parler d’un adolescent qui boude un repas pour manifester son opposition aux parents, d’un opposant politique, d’un réfugié à qui on refuse le droit d’asile, ou d’un père qui n’a plus le droit de voir ses enfants.

  • Par nécessité

L’être humain ne vit pas forcément dans l’abondance des ressources alimentaires. La Préhistoire, l’Antiquité, le Moyen-Age… ou plus récemment les guerres mondiales, ont connu des périodes de disettes, obligeant les populations à réduire le nombre de repas, voire à jeûner pendant plusieurs jours.

Aujourd’hui encore, des pays en voie de développement connaissent des « vaches maigres », suite à des sécheresses ou épidémies incontrôlées.

Le jeûne n’est donc pas un concept nouveau. Pourquoi semble-t-il bénéficier d’un regain d’intérêt ces derniers temps ?

Effet de mode ? Ou a-t-on mis en évidence de réels atouts pour la santé ? Il mérite donc qu’on s’intéresse à lui !

Mais avant d’en découvrir les avantages et inconvénients, il faut distinguer les différents types de jeûne. Je n’évoquerai ici que les jeûnes volontaires, thérapeutiques ou préventifs, en dehors de toute considération religieuse.

  • Le jeûne complet

On supprime tous les aliments, solides et liquides, à l’exception de l’eau. L’apport calorique est de ce fait réduit à zéro.

En cas de suppression de l’eau, on parle de jeûne sec, qui lui est forcément limité en durée, du fait de la nécessité d’un apport hydrique pour vivre.

  • Le jeûne partiel

L’apport calorique est très réduit (300 kcal par jour au maximum), sous forme de jus de fruits, bouillons de légumes et tisanes avec un peu de miel. Aucun aliment solide.

  • Le jeûne continu

De durée variable, il peut être précédé d’une diminution progressive de l’apport calorique, et se terminer par une reprise progressive de l’alimentation.

Il peut être accompagné d’un repos complet, ou du maintien d’une activité physique.

  • Le jeûne intermittent

Les phases de jeûne alternent avec le maintien de repas, avec des rythmes et des durées très variables.

Les recherches, études et publications sur le jeûne se multiplient et mettent en avant ses bienfaits sur la santé.   Ses partisans le défendent, en balayant d’un revers de main les arguments de ses détracteurs.

Que disent les « pour » ?

Le jeûne permet de :

  • Réduire l’hypertension, prévenir les maladies cardiovasculaires
  • Lutter contre les maladies d’accumulation comme la goutte et l’arthrite
  • Faire baisser le taux de glucose dans le sang, mettant ainsi le pancréas au repos et régulant la production d’insuline, dans le cas d’un diabète de type 2
  • Réduire les réveils nocturnes, cause d’insomnie
  • Soulager des affections comme l’asthme, les allergies, les troubles digestifs, les rhumatismes,…
  • Perdre du poids
  • Purifier l’organisme
  • Mettre au repos le système digestif, en cas d’excès alimentaires
  • Diminuer l’inflammation
  • Améliorer l’humeur et la mémoire

Quels mécanismes permettraient ces bouleversements biologiques ?

  • Le stress physiologique, provoqué par le jeûne, inciterait l’organisme à activer ses systèmes de défense (avec la production d’antioxydants) et à dégrader ses propres déchets moléculaires.
  • Les cellules du cerveau puisent d’abord dans les réserves glucidiques. Quand celles-ci sont épuisées par le jeûne, elles utilisent les réserves lipidiques, transformées par le foie en corps cétoniques. Ceux-ci stimuleraient le fonctionnement des neurones.

Un gérontologue américain, le Docteur Valter Longo, après des expériences sur des animaux de laboratoire, a également annoncé les résultats suivants :

  • Des souris ayant jeûné sont plus résistantes à une chimiothérapie que des souris bien nourries
  • Les cellules saines des souris ayant jeûné subissent moins les effets délétères de la chimiothérapie, alors que les cellules cancéreuses sont détruites.

Il semblerait également qu’après un jeûne, les cellules tumorales ralentissent leur développement (grâce à une modification de l’expression des gènes responsables de la division cellulaire), et que la production du facteur de croissance de ces cellules soit ralentie.

Les essais sur les cancers de l’homme sont freinés par les oncologues, qui avancent les arguments suivants :

  • Les malades sont déjà affaiblis par les chimiothérapies et doivent absolument s’alimenter
  • Une cellule tumorale dont les gènes sont modifiés ne peut pas revenir à un état normal

Que disent les « contre »

Jeûner est dangereux :

  • Le risque de malaise est important : chute de tension, vertiges, déshydratation,….
  • Cela provoque des carences et un épuisement
  • On ne perd pas que de la graisse, mais aussi du muscle
  • La perte de poids est éphémère et génère un effet yo-yo
  • Il entraîne une production de déchets dans l’organisme, comme l’acide urique
  • L’instinct de survie déclenche du stress pour l’organisme
  • Les défenses immunitaires sont affaiblies

Et pourtant !

En Allemagne, les cures de jeûne sont parfois prises en charge par le système de Santé, et en Suisse par les mutuelles. Les études se multiplient en Russie et aux Etats-Unis.

Mais il est certain qu’à l’époque où nous sommes plus concernés par la surabondance de nourriture, que par la pénurie, le jeûne peut paraître contraignant et peu motivant…

C’est pourquoi des scientifiques testent de nouvelles formes de jeûne, plus faciles à expérimenter. Quelques exemples :

  • Le jeûne 5 : 2

C’est une diète hypocalorique de 2 jours (500 à 600 calories), consécutifs ou non, avec une alimentation normale mais équilibrée les 5 autres jours.

Testé pendant 6 mois sur des femmes obèses, ce régime a confirmé la perte de poids, l’augmentation des corps cétoniques et une diminution des marqueurs d’inflammation.

  • Un jeûne avec une restriction calorique réduite en intensité et en fréquence, mais sur une longue durée

Des volontaires ont appliqué pendant 3 mois le principe suivant : 5 jours consécutifs par mois avec une ration calorique divisée par 2 le premier jour, par 3 les trois derniers jours.

Ont été également observés l’augmentation des corps cétoniques, la diminution des marqueurs inflammatoires.

  • Le jeûne nocturne

Il consiste à respecter une période de 12 heures, voire 16, entre le dernier repas de la journée et le premier repas du lendemain, ce qui implique d’oublier le dîner ou le petit déjeuner.

Cette méthode n’est pour l’instant qu’à l’essai. Ce qui est certain, c’est qu’un jeûne de 8 à 10 heures est nécessaire pour la production de corps cétoniques.

Précautions

Si tester le jeûne, dans une action préventive ou thérapeutique peut être tentant, des précautions sont à prendre et nécessitent un avis médical, en cas de :

  • Capacités immunitaires affaiblies
  • Maladies rénales ou hépatiques
  • Grossesse
  • Maladies auto-immunes
  • Chez un enfant

Comment essayer le jeûne ?

La 1ère règle est assurément de se fixer des objectifs raisonnables, et compatibles avec son rythme de vie.

La 2ème règle est de commencer en douceur, avec un jeûne intermittent.

La 3ème règle est d’avoir une alimentation de qualité, en dehors des périodes de jeûne. Celui-ci ne doit pas être une excuse pour manger n’importe quoi et n’importe comment.

La 4ème règle est de ne pas oublier la bouteille d’eau. S’hydrater permet d’oublier la sensation de faim, et est indispensable au bien-être du corps.

La dernière règle est logique… pourquoi tout simplement ne pas jeûner quand l’organisme le réclame :

  • Quand on n’a pas faim : notre corps n’a pas forcément besoin d’être alimenté toutes les 4 heures !
  • Quand le repas n’est pas adapté (à l’extérieur… avec du gluten)
  • Après un repas copieux
  • Et bien sûr, en cas de troubles digestifs importants (diarrhée par exemple)

Ces options sont celles que je pratique… naturellement.

Pour un jeûne plus restrictif, voire complet, il me paraît judicieux, la 1ère fois, de le pratiquer dans une structure encadrée. Il existe pour cela des organismes qui proposent des « cures », en groupes, élaborées par des personnes exercées, avec un accompagnement adapté (repas pré et post jeûne, activités physiques, etc…)

Partager son expérience

Il existe d’autres « variantes » des jeûnes précédemment évoqués.

Comme à chaque fois que la solution semble « naturelle », la médecine et les recherches scientifiques sont frileuses.

La science cherche à tout expliquer, mais est-il nécessaire de tout expliquer ? Parfois les constatations empiriques ne sont-elles pas aussi des preuves ?

C’est pourquoi je pense que le témoignage de chacun peut être enrichissant, rassurant, formateur.

Je lance donc un appel à celles et ceux qui accepteront  de communiquer ici leur expérience de jeûne, avec leurs réussites, mais aussi leurs échecs.

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